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Combien il est difficile de parler de Nausicaä, tant le
film comme son héroïne sont uniques, hors-normes, et tout
à fait indispensables. Nausicaä est passé
dans la mémoire collective japonaise. Près de vingt après
sa sortie, il est toujours classé dans les sondages parmi les
animes préférés des Japonais et la princesse Nausicaä
est considérée au Japon comme l'un des plus grands personnages
de fiction jamais créés.
Nausicaä est sans doute le film le plus important de Miyazaki,
celui sans lequel le reste de son oeuvre ne peut être totallement
compris. Ce magnifique chef-d'oeuvre nous dévoile toutes les
passions et les obsessions qui allaient poursuivre le maître dans
ses futures réalisations. Il expose les thèmes de prédilection
et les archétypes qui seront développés par la
suite avec tant de succès. Mais surtout, ce qui fait de Nausicaä
un film à part, est ce souffle, cette énergie pure, cette
sincérité que Miyazaki a exprimée dans son propos
et dans le portrait de son héroïne, incarnation de ce que
l'humanité peut avoir de plus beau et de plus noble.
Si ce film apparait si sincère ce n'est pas dû qu'à
l'unique talent de conteur Miyazaki. En fait, rarement un réalisateur
s'était autant confié dans un film. Bien que c'est loin
d'être le premier travail de maître, on peut considérer
Nausicaä comme une oeuvre de jeunesse. C'est la première
fois en effet que Miyazaki a un contrôle artistique total sur
un film. Alors plus que tout autre film, il y met à nu ses convictions,
ses peurs, ses espoirs et ses idéaux. On y découvre entre
autres la conception qu'il se faisait à l'époque du marxisme
(Nausicaä, comme toutes les héroïnes miyazakiennes, n'agit que
pour le bien de l'humanité sans n'avoir aucune ambition personnelle).
Miyazaki n'a jamais caché son aversion pour les grosses structures
politiques et les grands régimes étatiques. Le petit royaume
de la Vallée du Vent représente ainsi son idéal
communautaire luttant contre de plus grands oppresseurs.
Toutes les critiques n'ont pas approuvé le discours qu'ils ont
cru voir dans le film. Quelques-uns ont été offensés
par l'aspect messianique de l'histoire, d'autres s'interrogent sur le
côté militant voire manipulateur du récit. Certains
encore ont dit que l'histoire promet l'arrivée d'un méssie
sauveur du monde, seulement pour nous faire découvrir que le
monde n'a pas besoin d'être sauvé ; le message qu'ils interprêtent
est que les crises environnementales sont bien mieux résolues
en ne faisant rien. Et de conclure que le film manque ainsi totalement
de crédibilité. C'est triste de constater comment des
critiques peuvent passer aussi loin du propos.
Car Miyazaki n'a jamais prétendu présenter de solutions
aux problèmes environnementaux. Il invite à une prise
de conscience, il tire en quelque sorte une sonnette d'alarme. Dans
le film, quand les hommes luttent contre la forêt, ils risquent
d'empêcher la purification du monde et précipitent leur
propre destruction. Et leur obstination et leur aveuglement est symbolique
d'une espèce humaine qui a perdu le contact avec les racines
mêmes de sa propre existence, au point de se croire capable d'exister
sans son écosystème.
Mais Miyazaki englobe dans sa problématique des questions bien
plus larges que le simple rapport à la Nature. Au travers des
différents personnages avec leurs qualités et leurs faiblesses,
c'est la nature humaine qui est observée. Au travers des actions
de Nausicaä, c'est une philosophie de vie qui transparait. Nausicaä
n'apporte évidemment pas de solutions miracle mais amène
le spectateur à méditer sur des questions essentielles:
comment vivre ensemble? Comment réagir face à la peur,
la colère, la haine des autres? Comment maîtriser ses propres
émotions pour agir avec discernement? Comment amener les autres
à plus de lucidité vis-à-vis des conséquences
de leurs actes?
Non, Nausicaä n'est pas seulement un formidable divertissement.
Ce n'est pas qu'un magnifique ouvrage d'art non plus. C'est un film
beau et émouvant, qui nous rappelle que le monde nous réservera
toujours des moments de grande beauté et que la seule façon
de les apprécier est de vivre, d'aimer. Nausicaä est un
film somme ; c'est une oeuvre qui ouvre les yeux et rend meilleur. Tout
simplement.
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